Bonus « Récupération »

Récupération

 

Art de la récupération, du recyclage, du détournement : quel que soit le nom que l’on donne à cette tendance très à la mode ou simplement utilitaire, on ne peut qu’en constater la prolifération. Il suffit d’une simple recherche sur internet pour découvrir un nombre impressionnant de sites consacrés à ce sujet. On y trouvera le pire et le meilleur, le modeste et l’ambitieux, du petit bricoleur du dimanche à l’artisan d’art, du sculpteur sur métal à l’artiste conceptuel.

Simple passe-temps (en chacun de nous, un artiste sommeille…) ou démarche professionnelle, ces pratiques ont en tout cas un point commun, celui d’être liées à la société de consommation dans laquelle nous vivons. Déchets, rebuts, mises à la réforme, nettoyage par le vide : des tonnes de matériaux disqualifiés aboutissent en noria quotidienne dans les poubelles, les déchetteries, les décharges, les greniers… Il s’agit en somme d’organiser son propre tri sélectif selon goûts et affinités, ou besoins, dans un but utilitaire ou de loisirs. Utilitaire en vérité dans le tiers ou le quart-monde, en Afrique particulièrement où les gens sont très habiles pour fabriquer les objets du quotidien qu’ils ne pourraient se procurer autrement, faute de moyens élémentaires. Loisir assurément, des activités d’éveil et travaux manuels pratiqués en groupe, à la fibre artistique individuelle. Fibre cérébrale et fibre de coton : récupérer, recycler,détourner, assembler ces deux fibres là, c’est tout un art!

Dans l’art du 20ème siècle, tout commence avec le cubisme et ses célèbres collages, et avec les ready made de Marcel Duchamp (ou comment un urinoir se transforme en pièce de musée), une démarche provocatrice bien sûr, mais aussi stimulante, que l’on redécouvre dans les années soixante dans l’art conceptuel : l’artiste s’approprie un objet, une matière, qui devient un concept, une idée (Daniel Buren, Yves Klein entre autres). En Italie l’objet, le fragment dépourvu de signification est rendu signifiant dans l’Arte povera. Des rejetons de cet « art pauvre » apparu en 1967 prennent le relai : art humble, art modeste…Des pistes existent dans des domaines plus actuels: art vidéo, utilisation de néons dans l’art contemporain… Résumons comme nous le suggère Magritte : « Ceci n’est pas une pipe ». Et non, c’est un tableau.

Actuellement c’est dans le domaine de la sculpture (en fait le plus souvent un assemblage de pièces de métal par soudure pour réaliser des objets, formes animales, personnages) que s’exprime le mieux cette technique dont on peut voir l’aboutissement un peu partout, dans les galeries d’art mais aussi dans les boutiques de souvenirs… Des pièces de métal hétéroclites sont récupérées, chinées et recyclées dans l’art. Certains artistes sont aussi des orfèvres dans la création de boîtes présentant par assemblage d’objets, d’images, de lumières, des scènes insolites ou réalistes, un petit théâtre des merveilles, un cabinet de curiosités nouveau genre…

 

Et pour le commun des mortels? Bien souvent sans le savoir, des gens pratiquent ce moyen d’expression depuis longtemps : patchwork, épouvantails, art postal…Et bien des collectionneurs accumulent couvercles de boîtes de camembert, boutons de culottes, étiquettes de bouteilles de vin : tout un trésor de banalités qui attendent leur métamorphose, une nouvelle vie. A nous de jouer avec cette matière que l’habileté, le savoir faire, l’ingéniosité saura pétrir, assembler, transformer : une alchimie à portée de tous. Une pratique à laquelle s’adonnent de nombreux groupes et ateliers impliquant enfants et adolescents dans les établissements scolaires, les centres de loisirs, adultes dans les équipes d’insertion, handicapés, associations, etc. Divers matériaux facilement accessibles par la récupération sont utilisés puis assemblés sous des formes plus ou moins artistiques (par exemple des instruments de musique à percussion à partir de casseroles, boîtes de conserve, futs métalliques). À nous de jour, donc. La matière première est abondante, à portée de main et gratuite : bois, métal, carton, verre, papier journal et papier peint, tissus, outils, ustensiles de cuisine, images et photos, sans oublier ce que la nature nous offre, feuilles mortes, écorces, galets et cailloux…). Les techniques ne le sont pas moins : soudure, cloutage, vissage, chauffage, découpage, collage, couture.

Si cette pratique s’applique bien à la sculpture et à la création d’objets en trois dimensions, elle peut aussi aboutir à des œuvres encadrées en deux dimensions, des tableaux mêlant l’application de couches de peinture à des petits objets ou papiers, également à des enveloppes pour l’art postal, des assemblages de tissus…Une autre application en deux dimensions est le détournement d’œuvres existantes : n’hésitons pas comme Salvador Dali à rajouter des moustaches à la Joconde !

Dans le domaine de la photo d’autres applications sont possibles. Il y a longtemps que les photographes « travaillent » leurs clichés pour les transformer radicalement et leurs donner une dimension artistique par modification des couleurs, assemblage, déformation, etc. Un banal filet de pêcheur emmêlé à des flotteurs de couleurs vives photographié sur le quai d’un port peut facilement se transformer en image insolite de monstre marin.

JPD, le 29 novembre 2012